La classe de CPGE2 s’est rendue le jeudi 11 janvier à la Criée pour voir la pièce France-Fantôme, écrite et mise en scène par Tiphaine Raffier. Ce spectacle, inattendu et très original, montre ce que pourrait devenir notre société au 25ème siècle.

Dans ce monde imaginé, nous sommes envahis par la technique, la technologie et le numérique. Chacun passe son temps à télécharger ses souvenirs dans un boîtier, lequel est conservé, puis possiblement greffé dans un autre corps, après la mort. Dans ce monde du futur, ce que l’on peut donc acheter – car c’est une entreprise privée qui opère de telles greffes – c’est le retour des morts.

Tiphaine Raffier s’attaque ainsi à la fois au désir d’immortalité et aux progrès de la science et de la technique travaillant à une élimination progressive de la finitude humaine. Ce que cette jeune metteuse en scène montre de ce futur capable de rappeler les morts ressemble cependant bien davantage à une dystopie qu’à une utopie : on y voit, en effet, des hommes et des femmes perdus, incapables de se reconnaître dans un corps qui n’est pas le leur, soumis à un téléchargement permanent d’eux-mêmes et donc à une forme de transparence excluant toute idée d’intimité ou de jardin secret.

Pour la plupart d’entre nous, accompagnateurs et élèves, nous avons pris du plaisir à regarder cette pièce foisonnante. Nous nous sommes laissés emporter par la liberté de la pièce, son rythme effréné et l’énergie des comédiens et des musiciens. Nous nous sommes également laissés questionner par le propos et les problèmes abordés, comme la valeur et le sens du transhumanisme, la portée du désir d’immortalité, le danger du remplacement de l’art par la technique et le risque de toute marchandisation des corps. Le thème des prépas EC étant cette année le corps, les élèves ont su repérer, avec clairvoyance et vivacité, les enjeux qu’il y a à vouloir modifier technologiquement ce corps que nous habitons.